Démythificateur
L’énergie nucléaire est un sujet qui a donné naissance à plusieurs mythes au fil des années. Une part importante du mandat de la CCSN consiste à fournir de l’information factuelle qui aide les gens à comprendre la science nucléaire et ses effets sur les personnes.
La présente section a pour but de dissiper certains des mythes les plus communs au sujet de la technologie nucléaire et de ses applications, comme :
- le rayonnement et la santé
- les centrales nucléaires
- exploitation et transformation de l’uranium
- les applications industrielles et médicales
- généralités
La CCSN ne fait pas la promotion de l’utilisation des technologies et des matières nucléaires. Elle réglemente plutôt son utilisation en vue de préserver la sûreté, la santé et la sécurité des personnes et de protéger l’environnement. La CCSN respecte les engagements internationaux du Canada à l’égard de l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire.
Le rayonnement et la santé
Mythe :
Des études méta-analytiques (Baker et Hoel [2007], Mangano [2008] et Kaatsch [2008]) démontrent que les incidences de cancer chez les enfants sont plus élevées près des centrales nucléaires.
Fait :
La technique de la méta-analyse combine et synthétise les résultats de différentes études afin d’augmenter la taille des échantillons et l’efficacité statistique. Bien utilisée, elle constitue un outil puissant, mais elle ne convient pas à tous les cas et ses résultats sont parfois trompeurs.
Les études méta-analytiques réalisées par Baker et Hoel (2007), Mangano (2008) et Kaatsch (2008) – l’étude KiKK – concluent à des taux élevés de leucémie chez les enfants vivant près de centrales nucléaires. La CCSN joint sa voix à celle de la communauté scientifique, qui conteste les résultats de ces études pour cause d’utilisation non conforme de la démarche méta-analytique. Ci-dessous, quelques-unes des faiblesses de ces études :
- Baker et Hoel (2007) ont eux-mêmes indiqué ne pas avoir pu établir une relation de cause à effet entre le risque de leucémie et la proximité relative d’une centrale. L’étude a été l’objet de critiques pour biais de sélection et amalgame de distances, de groupes d’âge et de types d’installations nucléaires hétérogènes.
- L’étude Mangano (2008) a été rejetée pour différentes raisons, dont la taille de l’échantillon, l’absence de contrôle de la population et l’omission de données dans ses conclusions.
- L’étude KiKK (Kaatsch, 2008) ne relève pas de relation de cause à effet entre la leucémie et les centrales nucléaires (SSK, 2008), tout comme des études semblables effectuées en France, en Grande-Bretagne et en Suisse, qui n’indiquent aucun lien entre la distance relative d’une centrale et la leucémie chez les enfants (Laurier et coll., 2008a, Bithell et coll., 2008, 2010, Spycher et coll., 2011).
Mythe :
La quantité de césium 137 contenue dans une source-étalon est dangereuse.
Fait :
Une source-étalon est source scellée qui contient une petite quantité de substance nucléaire posant très peu de risques (comme le césium 137). Elle est surtout utilisée pour déterminer si l’équipement de détection du rayonnement fonctionne correctement avant l’usage. La source n’est pas plus grosse qu’une tête d’épingle dans un contenant scellé de la taille d’un dollar canadien. Elle est conçue pour être manipulée à mains nues en toute sûreté. La quantité de radioactivité dans une source-étalon de faible activité est presque la même que celle que l’on retrouve dans les détecteurs de fumée domestiques.
Mythe :
Parce qu’il est reconnu que le polonium contenu dans les cigarettes est cancérigène, le polonium-210 (Po-210) provenant de l’uranium donnera le cancer aux travailleurs de l’uranium et au public qui habite à proximité des mines.
Fait :
Le polonium-210 (Po-210) des mines d’uranium ne pose pas de risque pour les travailleurs de l’uranium et le public.
Le Po-210 est une substance radioactive qui se trouve naturellement en petites quantités dans notre corps et dans l’environnement. Même s’il s’agit d’un produit de désintégration de l’uranium, il est très rare et ne s’accumule pas en périphérie des sites miniers.
Grâce aux contrôles modernes et à des programmes de radioprotection rigoureux, le radon et ses produits de filiation (y compris le Po-210) font l’objet d’une surveillance continue dans les installations d’uranium d’aujourd’hui. Des études et des activités de surveillance ont démontré que vivre à proximité des mines et des usines de concentration d’uranium n’a pas d’impact important sur la santé.
Quant au lien avec le tabagisme, le Po-210 est un parmi plus de 70 cancérigènes présents dans la fumée du tabac. Combinés, ces deux facteurs font grimper sensiblement le risque de développer un cancer du poumon et d’autres types de cancers et maladies (p. ex., maladies du cœur, accidents vasculaires cérébraux et affections respiratoires).
Mythe :
Même un becquerel représente un risque sanitaire.
Fait :
Un becquerel (Bq) ne représente pas un risque mesurable pour la santé. Il est égal à une désintégration radioactive par seconde de tout radionucléide et il fait partie d'un processus naturel. En fait, la plupart de nos aliments et des liquides que nous buvons contiennent des éléments radioactifs naturellement présents, comme le potassium 40 et le carbone. Par exemple, 250 g de viande rouge et 250 g de bananes contiennent naturellement 28 Bq et 33 Bq de potassium 40, respectivement.
Mythe :
Un becquerel absorbé par les ovaires d'une femme peut causer des anomalies congénitales.
Fait :
Un becquerel (Bq) ne représente pas un risque mesurable pour la santé, et ne causera pas d'anomalies congénitales. Il est égal à une désintégration radioactive par seconde et fait partie d'un processus naturel. Des études portant sur près de 30 000 enfants survivants de la bombe A (qui ont été exposés à des niveaux relativement élevés de rayonnement), sur plus de trois générations, n'ont montré aucun risque accru d'effets héréditaires indésirables, telles des malformations congénitales qui pourraient être associées à l'exposition de leurs parents.
Mythe :
Recevoir un becquerel est comme recevoir un coup de fusil.
Fait :
Un becquerel (Bq) ne représente pas un risque mesurable pour la santé. Il est égal à une désintégration radioactive par seconde de tout radionucléide et cela fait partie d'un processus naturel. En fait, nous faisons l'expérience d'environ 90 000 de ces désintégrations tous les jours, à mesure que l'uranium naturel présent dans nos organismes se désintègre.
Mythe :
Si un grand nombre de personnes reçoivent une petite dose de rayonnement, ce qu'on désigne souvent comme « dose collective », certaines de ces personnes développeront un cancer à cause de cette exposition au rayonnement.
Fait :
La quantité de « dose collective » est souvent mal comprise et mal utilisée. Autrement dit, elle signifie la quantité de rayonnement reçue par un groupe de personnes. Elle est calculée en additionnant toutes les doses individuelles dans une population exposée pendant une période donnée. C'est un outil utile à des fins de radioprotection, mais son utilité est limitée. Il ne doit pas être utilisé pour prédire les maladies causées par l'exposition aux rayonnements.
Mythe :
L'étude KKiK et d'autres études allemandes ont démontré qu'il existe un taux plus élevé de leucémie infantile dans les populations vivant à proximité de centrales nucléaires.
Fait : Ces études semblent indiquer qu’il existe des groupes, ou « grappes », de cas de leucémie infantile à proximité des installations nucléaires, mais de telles grappes ont également été trouvées dans des zones où il n'existe pas d'installations nucléaires. Ces études n'ont pas été en mesure d’établir un lien entre ces grappes et les doses de rayonnement émis par les installations. Comme on croit que la leucémie infantile est attribuable à plusieurs facteurs, d'autres facteurs peuvent avoir été responsables des résultats observés.
Mythe :
Les habitants de Port Hope sont malades en raison de l’exposition aux déchets radioactifs de faible intensité du passé.
Fait :
Les résidents de Port Hope sont en aussi bonne santé que le reste de la population canadienne.
Plusieurs études scientifiques évaluées par les pairs et effectuées par des agences indépendantes et dignes de confiance le démontrent.
La CCSN a récemment examiné les conclusions de plus de 30 études environnementales et 13 études épidémiologiques évaluées par les pairs. Elle a publié un rapport de synthèse qui a été présenté aux membres de la communauté lors de journées portes ouvertes.
Les résultats ont été comparés à ceux de 40 études épidémiologiques internationales sur des populations semblables, et la conclusion est claire : la santé des résidents de Port Hope est identique à celle des autres Canadiens.
Centrales nucléaires
Exploitation et transformation de l’uranium
L’exploitation minière de l’uranium est régie par les provinces et ne nécessite pas l’obtention d’un permis de la CCSN.
Mythe :
Les mines et usines d'uranium font augmenter les niveaux de radon dans l'environnement.
Fait :
Des études ont montré que les activités d'extraction minière et de concentration de l'uranium ne font pas augmenter les niveaux de radon dans l'environnement à proximité des mines. Le niveau de radon à proximité des mines d'uranium est semblable aux niveaux naturels de radon mesurés dans l'environnement. L'exposition de la population au radon en raison des activités réglementées par la CCSN est pratiquement nulle.
Mythe :
Les mines et usines d'uranium rendent les collectivités malades.
Fait :
Des études et des activités de surveillance ont montré qu'il n'y a pas d’incidence importante sur la santé de la population à proximité des mines et usines d'uranium. L'exposition humaine au radon et au rayonnement lié à l'extraction d'uranium effectuée avec des moyens modernes est très faible et n'augmente pas le risque de cancer.
Mythe :
Les mineurs d'uranium sont exposés à des niveaux dangereux de radiation
Fait :
La CCSN réglemente le radon et les produits de filiation du radon dans les installations nucléaires du Canada pour protéger la santé des travailleurs du secteur de l'uranium et de la population. Les concentrations de radon dans les mines et usines d'uranium et les installations de traitement de l'uranium pour la fabrication de combustible sont strictement contrôlées et doivent être surveillées. Les moyens de contrôle comprennent des systèmes perfectionnés de détection et de ventilation qui protègent efficacement les travailleurs canadiens de l'uranium. La dose moyenne à laquelle étaient exposés les travailleurs dans les mines et usines d'uranium en 2007 était d'environ 1 millisievert (mSv), ce qui est nettement inférieur à la limite réglementaire s'appliquant aux travailleurs du secteur nucléaire, qui est de 50 mSv par an.
Mythe :
Les résidus de mines d'uranium restent très toxiques pendant des millions d'années et contaminent les eaux souterraines.
Fait :
La gestion sécuritaire à long terme des roches stériles et résidus provenant du traitement de l'uranium est un aspect important du processus d'autorisation des mines et usines d'uranium. Des techniques ont été mises au point pour contenir de façon sécuritaire ces déchets et les maintenir isolés de l'environnement en utilisant des barrières naturelles et/ou d'origine humaine pour empêcher tout contact entre les résidus et les eaux souterraines. Les résidus sont entreposés et surveillés dans des installations de gestion des résidus, tels que des bassins de décantation ou des mines à ciel ouvert qui sont rigoureusement aménagés pour le stockage et la stabilité à long terme.
L’uranium naturel extrait des mines et transformé en combustible pour alimenter les réacteurs nucléaires n’engendre simplement pas de tels risques.
L’uranium naturel est peu radioactif. Lorsqu’il est absorbé en grandes quantités, les principaux risques pour la santé sont des lésions rénales.
Toutefois, les activités d’exploitation et de transformation de l’uranium n’exposent pas la population à des niveaux qui pourraient endommager les reins.
Les programmes de surveillance cumulatifs dans le Nord de la Saskatchewan, où sont situées toutes les mines d’uranium en exploitation, ont permis de confirmer que les niveaux de contaminants à l’extérieur de ces sites sont à peine détectables et ne posent aucun risque pour la faune.
Bon nombre de technologies de traitement de l’eau utilisables rapidement et facilement permettent de réduire les contaminants potentiellement dangereux à des niveaux sûrs avant que les effluents soient rejetés dans l’environnement.
À propos des sites miniers historiques – La CCSN et les gouvernements provinciaux et territoriaux contrôlent et surveillent les rejets provenant des sites miniers qui ont été bâtis et exploités il y a des dizaines d’années.
La plupart des sites miniers historiques ont été remis en état, et les autres font actuellement l’objet d’évaluations.
La CCSN a depuis appliqué les leçons apprises dans le passé.
Dans cette veine, elle a établi des programmes et règlements environnementaux plus rigoureux que ceux de tout autre secteur minier au Canada.
Les techniques industrielles modernes neutralisent l’acidité des résidus. Les bassins de résidus sont également conçus pour minimiser toute acidification potentielle.
Dans le cadre du processus de déclassement, d’anciens sites miniers ont été évalués et des mesures adéquates ont été prises ou le seront en vue de protéger l’environnement contre le drainage potentiel des acides.
Des études réalisées durant plusieurs décennies ont démontré à plusieurs reprises que les personnes habitant près de ces installations sont en aussi bonne santé que le reste de la population générale.
Des études réalisées dans les environs des sites de transformation de l’uranium d’autres pays en sont arrivées à la même conclusion.
Il en va de même pour les personnes habitant près de centrales nucléaires.
Une surveillance constante démontre que les rejets près des sites de mines et usines de concentration sont à peine détectables.
À propos des sites miniers historiques – Certaines restriction s’appliquent aujourd’hui à la pêche dans des lacs situés sur d’anciens sites de mines et usines de concentration.
Ces sites étaient exploités durant les années 1950, avant l’adoption de la réglementation et des programmes environnementaux, soit dans un contexte très différent de la surveillance rigoureuse actuelle.
Dans certains cas, des trappeurs ont continué de pratiquer leur métier et demeurent même sur des propriétés autorisées par la CCSN durant l’exploitation des mines d’uranium.
Dans le nord de la Saskatchewan, où sont situées toutes les mines d’uranium en exploitation, on visite et consulte les groupes autochtones et les communautés au cours de diverses étapes de la vie d’un projet.
Ces groupes offrent une contribution utile en communiquant leur savoir traditionnel et en portant à notre connaissance les plantes, animaux et les activités traditionnelles utiles. Cette information aide la CCSN à veiller à ce que tout incidence potentielle soit éliminée ou atténuée.
Les groupes autochtones participent aussi activement à la collecte d’échantillons qui servent à la surveillance environnementale.
Les droits des Autochtones sont toujours pris en compte avant d’aller de l’avant avec un projet.
La CCSN supervise de rigoureux programmes visant à contrôler l’exposition au rayonnement et aux agents chimiques, et elle traite toute menace potentielle à la santé des travailleurs.
Par conséquent, les membres du public ne sont pas exposés à des niveaux de contamination qui pourraient représenter un risque pour la santé.
Étant donné que la poussière d’uranium est lourde, elle ne se déplace pas très loin dans l’atmosphère. Ainsi, les concentrations de poussière dans l’air demeurent faibles et sont entièrement contenues au sein des sites des mines et usines de concentration.
D’autres rapports annuels rigoureux et exhaustifs sont aussi disponibles en contactez-nous directement.
Les garanties financières constituent une condition importante des permis de la CCSN, et cette dernière n’émettra jamais un permis à une société minière ou de transformation uranifère qui n’en offre pas.
De plus, la CCSN examine les mesures proposées en vue de réduire l’empreinte globale des activités et veille à une remise en état progressive.
Un nettoyage est effectué à chaque étape de l’exploitation et de la concentration.
Aussi appelé yellow cake, il n’est pas soluble dans l’eau et peut être facilement récupéré en cas de déversement.
Le règlement fédéral sur l’emballage et le transport assure le transport sûr des concentrés uranifères.
Des systèmes de contrôle et des programmes d’inspection rigoureux régis par l’Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) sont en place afin de le garantir.
Tout l’uranium est étroitement surveillé, du moment où il quitte la mine au moment de son élimination.
De plus, des ogives nucléaires, tant aux États‑Unis qu’en Russie, sont actuellement démantelées afin de produire du combustible pour des réacteurs nucléaires civils.
Applications industrielles et médicales